Quel bois pour un meuble sur mesure ?
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Une planche de chêne sèche pèse entre 700 et 800 kilos au mètre cube. Une planche de pin sylvestre, autour de 530. La différence se sent dans les bras quand on la porte, mais surtout sous l’ongle : on marque le pin sans forcer, le chêne résiste. Choisir l’essence d’un meuble, c’est décider de ce qu’il devra encaisser pendant vingt ou cinquante ans.
Trois repères sur une fiche d’essence
Les fiches de la filière, comme celles de France Bois Forêt qui reprennent les données du CIRAD et du FCBA, donnent la masse volumique, mesurée à 12 % d’humidité, qui dit si le bois est léger ou lourd. Elles donnent ensuite la dureté Monnin, une mesure de la résistance au poinçonnement : entre 0,2 et 1,5 le bois est très tendre, entre 9 et 20 il est très dur. Elles donnent enfin la stabilité, c’est-à-dire la manière dont la pièce bouge quand l’air de la maison s’humidifie ou s’assèche.
Pour un plateau large ou une porte de buffet, la stabilité décide souvent.
Le chêne, pour ce qui doit durer
Mi-lourd à lourd, mi-dur à dur, stabilité moyenne. Son cœur, le duramen, va du brun blanc au brun foncé et fonce encore avec la patine ; son aubier, clair et peu épais, doit être traité ou retiré. Ses tanins le rendent naturellement durable. Ils imposent aussi une précaution : le chêne est un bois acide qui réagit au fer, et la fiche de France Bois Forêt recommande une quincaillerie galvanisée en milieu humide.
Son séchage est lent et délicat, avec un risque de fentes quand il est mené trop vite. Bien sec, il fait une table de repas, un plan de bureau ou une bibliothèque durables. La France en produit beaucoup : la même fiche, publiée en 2014, la place au deuxième rang mondial pour le chêne.
Le hêtre se travaille bien, il bouge aussi
Grain très fin, couleur claire qui va du gris-blanc au rosé, parfois un cœur rouge. Il se teinte avec une très belle qualité de surface et se cintre après étuvage, d’où sa place dans les chaises courbées. Il est dur et mi-lourd, 600 à 750 kg/m³.
Sa fiche tient pourtant un mot qui compte : stabilité faible. Un grand plateau de hêtre massif suivra les saisons. On le réserve donc volontiers aux pièces étroites : pieds, montants, tiroirs, jouets, cadres de chaises.
Le frêne, la souplesse en clair
Blanc crème à brun pâle, parfois traversé de veines noirâtres, avec un grain plus grossier que le hêtre. Ses fibres lui donnent une élasticité élevée et il se cintre facilement. Même plage de masse volumique que le hêtre, mais une stabilité moyenne, et il se teinte, se céruse et se vernit sans difficulté.
Dehors, il ne tient pas : sa fiche le classe non durable face aux champignons. À l’intérieur, en revanche, il fait de beaux escaliers, des tables claires et des meubles au dessin de fil marqué.
Le noyer, le bois qu’on regarde
L’inventaire forestier de 2012 comptait moins d’un million de mètres cubes de noyer dans les forêts françaises, contre plus de 580 millions pour les chênes. La filière le range parmi les essences précieuses. Mi-dur, mi-lourd (630 à 680 kg/m³), il est peu nerveux et sa stabilité est bonne, ce qui en fait un bon bois de façade.
Son sciage donne beaucoup de pertes, et ses billes livrent parfois des ronces et des loupes, zones au dessin tourmenté recherchées en ébénisterie. Rareté et pertes se retrouvent dans le prix : on peut donc réserver le noyer aux faces visibles, en massif ou en placage, et faire le bâti dans une essence plus courante.
Le pin, tendre et honnête
Le pin sylvestre affiche une dureté Monnin de 3, une masse volumique moyenne de 530 kg/m³ et une stabilité moyenne. Il se rabote, se perce et se ponce facilement, avec des nœuds durs qu’il faut savoir contourner. La résine se rappelle à la finition : la fiche technique conseille d’en tenir compte, et un séchage au-dessus de 70 °C la stabilise avant collage.
Tendre, il garde la trace des chocs : défaut sur une table, presque une qualité sur un meuble d’enfant ou une étagère de cellier.
Mêler les essences
Rien n’oblige à faire tout un meuble dans le même bois. Un plateau en chêne ou en frêne, des pieds et des tiroirs en hêtre, des faces en noyer : chaque essence se place là où elle sert le mieux. Le menuisier en tient compte dans ses assemblages : deux essences ne bougent pas de la même façon.
Avant de signer, demandez à voir un échantillon de l’essence proposée, brut puis fini, et appuyez l’ongle dessus.